Perspectives Newsletter Winter 2021
Vol. 43, no.4 / Posted on March 15, 2021

par Julien Malard; laboratoire de Jan Adamowski (Génie des bioressources, McGill)

La modélisation participative est fréquemment utilisée afin d’améliorer l’implication des parties prenantes et des communautés locales dans la prise de décision pour la gestion des ressources naturelles. Lorsqu’on travaille à l’étranger, cependant, les méthodes habituelles ne fonctionnent pas toujours aussi bien. Dans le cas des régions indigènes, de même que dans toute région du monde où les institutions ne sont pas toutes représentatives de la population générale, un projet de modélisation participative trop rapidement organisé risque de manquer l’implication de la grande majorité de la population « bénéficiaire ». Il faut donc prendre une approche sociale en plus de technique et prendre grand soin d’aller rechercher toutes les parties prenantes – et ensuite de créer un environnement sain dans lequel tout le monde peut s’exprimer en liberté et en sécurité.

Notre laboratoire de recherche est présentement impliqué dans un tel projet au sujet de la gestion des ressources en eau dans le bassin versant du lac Atitlán au Guatemala. C’est une région fortement indigène (96% Maya), et la gestion de l’eau est un enjeu qui génère de vives tensions entre partisans de différents projets proposés pour traiter les eaux usées. Tout particulièrement, une proposition récente d’acheminer les eaux usées à l’extérieur du bassin versant pour y être traitées et utilisées pour l’irrigation agroindustrielle a généré un très vif débat. Le tout est aggravé par l’historique de violence envers les opposants de projets industriels dans le pays.

Nous avons donc amorcé un processus de modélisation participative axé sur la méthodologie de modélisation des dynamiques des systèmes, tout en portant attention à l’inclusion de toutes les parties prenantes, en particulier celles indigènes qui avaient été exclues des processus participatifs des projets antérieurs. En premier lieu, l’utilisation des langues provenant de la région (Kaqchikel, Tz’utujil et K’iche’) comme moyen de communication principal pour l’équipe facilita la participation des communautés indigènes à tous les niveaux du projet. En outre, nous avons ajouté l’option de participer de façon orale, car les taux d’analphabétismes demeurent élevés dans la région.

En fin de compte, nous avons eu une participation indigène beaucoup plus importante (62%) qu’aurait été possible sans cette approche inclusive, même si elle demeure en-deçà du pourcentage d’individus indigènes dans la population générale. Le taux de représentation des femmes était aux alentours de 24% ; cependant, ce taux était nettement moins élevé pour le cas des femmes indigènes. Ces résultats, quoiqu’ils indiquent un certain progrès, soulignent en même temps des opportunités pour l’amélioration future. Malgré cela, le processus de participation souleva des résultats intéressants. La participation des parties prenantes indigènes permit d’identifier des grandes différences de point de vue et nous permit de développer un modèle plus complet. En outre, les objectifs et mesures de progrès furent élargies (non seulement la qualité, mais aussi la quantité et l’équité de l’accès à l’eau), et un grand nombre de solutions alternatives pour les problèmes d’eutrophication furent proposées (agriculture écologique, bandes de filtration naturelle, toilettes sèches).